Ce jeudi 2 octobre, à l’appel de l’intersyndicale nationale, aura lieu la troisième journée de grève et de manifestation du mouvement social initié le 10 septembre. Cette date est consécutive à l’échec de l’ultimatum posé au gouvernement, ce dernier ayant refusé de mettre en place les mesures demandées par les syndicats nationaux.
Le mouvement social en cours, en plus d’exprimer une colère sociale légitime face à des conditions de vie qui se dégradent, est particulièrement intéressant par la diversité et la dimension positive de ses revendications, construites notamment dans des cadres démocratiques et participatifs tels que les Assemblées Générales “Bloquons tout”. Il ne se contente pas de résister à un nouveau recul de nos droits comme nous en avons malheureusement l’habitude mais vise des améliorations concrètes.
Même si le gouvernement précédent est tombé avant d’avoir pu mettre en place son budget austéritaire, Sébastien Lecornu apparaît décidé à continuer dans la même voie. Alors qu’il a lui-même reconnu être le Premier ministre le plus faible de la Ve République, répéter la stratégie des journées isolées, comme en 2023 et comme le propose actuellement l’intersyndicale, serait une impasse. Il y a un enjeu à ce que nos revendications viennent de la base, des assemblées générales, pour reprendre en main notre mouvement et construire un vrai rapport de force.
En parallèle, la situation internationale est marquée par le génocide en Palestine. La flottille Global Sumud, qui tente pacifiquement de briser le blocus de Gaza où des millions de personnes font face à la famine, peut être interceptée à tout moment.
C’est dans ce contexte, que nous avons invité les salarié·es de Magellium-Artal à participer à l’assemblée générale organisée ce mardi 30 septembre, afin de construire collectivement les revendications que nous souhaitons porter dans la journée du 2. Une vingtaine de personnes ont pris part à cette AG, dans la salle syndicale (et non dans la salle 001) et en visioconférence.
Les échanges ont été particulièrement riches et ont abouti à l’adoption, à la majorité, de revendications sur plusieurs plans.
Revendications adoptées lors de l’AG du 30/09
Revendications “historiques” de l’AG :
- Augmentation de salaires générales d’un montant de 4,7 % de la masse salariale pour compenser les pertes de salaires dûes à l’inflation de ces dernières années qui n’ont jamais été compensées, avec une plus grande part affectés aux plus faibles salaires.
- Mise en place d’un congé menstruel refusé sans explication claire
- Réaffirmer notre demande de transparence sur les résultats et décisions stratégiques de l’entreprise dans le contexte du rachat de celle-ci et de la militarisation générale de l’Europe
- Fin de la limitation d’accès à la salle 001 décidée unilatéralement par la direction, limitation particulièrement contraignante en période électorale.
Soutien à la cause palestinienne
- Stop aux opérations militaires israélienne en Palestine
- La fin du blocus illégal de Gaza et l’ouverture d’un corridor humanitaire
- La rupture de toutes les relations institutionnelles, diplomatiques, économiques, académiques et sportives avec Israël
- La fin de toutes ventes d’armes, équipements ou technologies militaires à destinations d’Israël
- La fin de la criminalisation et de la persécution des mobilisations en solidarités avec la Palestine.
Revendications sociales générales :
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- Abrogation de la Réforme des retraites de 2023 – demande d’un retour à la retraite à 60 ans à taux pleins et 55 ans pour les métiers pénibles
- Fin des budgets austéritaires et investissement massifs dans les services publiques
- Indexation des salaires sur l’inflation pour stopper l’érosion du pouvoir d’achat des salariés
- Fin des exonérations de cotisation et des cadeaux fiscaux au patronat sans contrôle et contrepartie
Pourquoi dépasser le cadre de l’entreprise ?
Il y a plusieurs intérêts à se positionner sur des sujets au-delà des murs de l’entreprise ou même du champ purement économique : à la fois pour des questions de légitimité et d’efficacité.
Légitimité d’abord, car si nous ne nous organisons pas entre salariés, qui parle et agit pour nous ? Alors que le gouvernement persiste et signe dans une politique austéritaire qui ne satisfait que le patronat et que le parlement est paralysé, l’ultimatum mis en place par l’intersyndicale nationale dont l’issue négative n’a surpris personne, n’a fait qu’empêcher de capitaliser sur un momentum en faveur de la mobilisation, en imposant un délai supplémentaire. Reprendre la main sur nos revendications, c’est décider par nous même de ce qui est négociable et de ce qui ne l’est pas.
Ensuite, nous questionner, débattre et nous positionner sur des revendications et des luttes globales est un véritable élément de rapport de force. En élargissant le champ des revendications, nous faisons vivre la solidarité entre les secteurs à travers des aspirations communes. Alors qu’au contraire, limiter nos expressions à des revendications corporatistes et cloisonnées, c’est brider artificiellement notre pouvoir et cela arrange ceux qui n’ont pas intérêt à voir les mobilisations converger et se renforcer mutuellement.
Ce n’est pas une idée abstraite : pendant des décennies par exemple, les salaires se négociaient par branches professionnelles. C’est à partir des années 80 et avec une succession de réformes que le pouvoir a enfermé les luttes dans l’entreprise, en instaurant notamment les Négociations Annuelles Obligatoires. Cette fragmentation du monde du travail est une attaque directe, qui rend chaque bataille plus difficile.
Aujourd’hui, force est de constater que gagner sur le seul terrain de l’entreprise est de plus en plus ardu. Mais les mobilisations récentes ouvrent une possibilité inverse : que l’ensemble du monde du travail pèse collectivement, avec des revendications communes capables de changer réellement le rapport de force.
Cela ne veut pas dire surestimer ce qu’une AG seule peut obtenir : évidemment, un vote ne met pas fin à un génocide. Mais ce que nous engageons dans ces AG, c’est un dialogue stratégique avec tout notre camp social : qu’est-ce qu’on veut gagner, et comment ? L’exemple de l’Italie est parlant : quand l’ensemble du monde du travail s’est mobilisé à l’appel des dockers, il a été capable de contraindre le gouvernement d’extrême droite de Meloni, pourtant soutien affiché d’Israël depuis le début, à envoyer un bateau pour protéger la flottille. La grève générale du 22 septembre contre le génocide, suivie d’un meeting de coordination des travailleurs portuaires européens, a montré concrètement que la force collective des salariés peut peser jusque sur des choix internationaux.
